Paule Mackrous a été invitée par le Studio XX à explorer les archives Matricules et à formuler pour nos lecteurs un Point de vue de lecture.

  « comme sculpteur, mon travail consistait depuis plusieurs années à donner forme à l'énergie contenue dans les matières. »
Lorella Abenavolli, Matricules

Le XX fantastique

Métamorphoses

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Si   rendre visible l'invisible est le « ressort majeur de l'art fantastique […] » ( Brion, 1961 : p.41) , c'est peut-être parce que les explorations en art sonore n'étaient pas encore au goût du jour à l'époque où le fantastique émergeait. Les œuvres fantastiques font advenir les phénomènes invisibles par le dispositif pictural qui, en quelque sorte, les transfigure. Comment, à leur tour, les dispositifs technologiques peuvent faire advenir l'imperceptible? Nombre de projets artistiques répertoriés dans les archives Matricules donnent forme à l'inaudible. Le corps produit des sons qui nous échappent, mais qui, lorsqu'on s'attarde à leur présence, peuvent devenir des matières plastiques à sculpter. Je pense à ce que Nicole Jolicoeur a appelé les « sons limites » pour définir les sons qui surviennent avant la parole. Ces « murmures du corps » sont enregistrés et augmentés pour former un chœur étrange, une mélodie créée à partir de matériaux intimes. Hayley Newman capte, quant à elle, les sons du corps en mouvement et des microphones qui se fracassent pour engendrer son propre rythme chorégraphique. Elle nous fait réaliser, par l'ouïe, la présence du mouvement dans l'espace. Les choses les plus banales possèdent leur bruit singulier. En accentuant ces bruits, cela dote les objets de nouvelles propriétés, parfois musicales, comme les pelures d'oignons manipulées par Magali Babin. Est-il possible d'entendre la terre que nous habitons malgré tout ce que nous avons construit sur son sol? Lorella Abenavoli cherche à rendre audible l'énergie de la terre : ses mouvements et ses vibrations. Un outil permet de transformer les ondes telluriques provenant des captations des sismomètres, en sons. Toutes ses matières sont bien réelles, mais il fallait leur donner une forme, en l'occurrence, sonore. Ainsi, les choses ont une vie secrète que le dispositif technologique nous permet de découvrir. C'est alors notre monde qui se transforme et qui devient fantastique.