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TERRE À TERRE DANS LE CYBERESPACE
Résultats préliminaires. Avril 1998

Terre à terre dans le cyberespace, un projet de recherche-action sur l'informatisation du milieu de travail et l'utilisation d'Internet par les groupes de femmes à Montréal;

Un projet de recherche, certes, mais aussi des stratégies entreprises pour "brancher" les groupes de femmes sur Internet et s'en servir pour réaliser leurs mandats;

Des actions entreprises par le Studio XX pour répondre aux besoins exprimés par les femmes (recherche d'informations sur les sources de financement, sur les ressources disponibles aux groupes communautaires (personnel, soutien technique, fournisseurs), formation ciblée, etc.);

Terre à terre dans le cyberespace se veut enfin un projet de "veille sociale" sur le développement des technologies de communication en fonction des intérêts des groupes de femmes.


La recherche
Terre à terre dans le cyberespace favorise l'usage des technologies de communication comme outils de changement social. La recherche vise l'identification des obstacles qui limitent l'utilisation de ces technologies par les groupes de femmes à Montréal.


Qui participe?
" ça fait partie de notre approche parce que, tu sais, on travaille sur une base individuelle avec des femmes, mais notre approche c'est plus que ça. Ca vient d'une analyse que nos problèmes sont vraiment des problèmes partagés par l'ensemble des femmes, puis ça prend vraiment des changements, une transformation au niveau social, politique et économique pour arriver à trouver des solutions."   Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal

La citation résume bien le mandat des groupes de femmes que nous avons rencontrés. Les champs d'action sont variés: emploi, développement de soi, entraide, ressources, défense des droits, etc. Les services sont directement offerts à la clientèle sous forme de formation, d'information, de soutien, et d'activités éducatives et socioculturelles.

Onze groupes ont accepté de nous rencontrer : Action Travail des femmes, Association des aides familiales du Québec, Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal, Centre de prévention des agressions de Montréal, Centre de santé des femmes, Collectif des femmes immigrantes, Groupe Jeunes Mères du Bureau de consultation Jeunesse de Villeray, La rue des femmes, Les cercles d'emprunt de Montréal, Mouvement contre le viol et l'inceste, et Stella.


Quelques constats
Qu'est-ce que les travailleuses nous disent sur les difficultés auxquelles elles font face à tous les jours? Le roulement du personnel limite la transmission de la connaissance entre les travailleuses dans les groupes : " le comité de coordination a décidé: "Il faut faire une politique qui dit combien on met en pourcentage, puis qui va suivre la formation. Parce que nous, comme on a toujours des projets, les personnes sont ici six mois, un an, puis elles s'en vont."   Collectif des femmes immigrantes

Des équipement inadéquats ou inexistants compliquent la réalisation de certaines tâches : "Puis c'est sûr que le matériel informatique, ça joue beaucoup, parce que pendant longtemps on n'avait rien. On avait juste l'ordinateur, le Macintosh qu'il y a là. Mais on ne pouvait pas faire grand-chose avec ça. Il fallait courir à la Santé publique qui nous prêtait un ordinateur Tu arrivais là puis s'il était libre, tu pouvais faire ton travail. Cela a retardé beaucoup de choses."   Stella

Enfin, les travailleuses sont débordées et manquent de temps pour explorer le cyberespace et trouver les informations pertinentes pour leurs besoins : "C'est sûr que j'ai fait des recherches une fois de temps en temps mais quand tu vas sur Internet, c'est pas quinze minutes, il faut que tu planifies quasiment deux heures"   Centre de santé des femmes de Montréal


Un obstacle structurel
Le financement et toujours le financement! Mais quel financement?

Évidemment, le financement oriente les actions et les services offerts par les groupes de femmes. Il y a les "vieux" groupes qui ont eu accès jusqu'à maintenant à du financement pour leur fonctionnement régulier et ceux qui, soit trop jeunes, soit hors des normes gouvernementales, doivent s'ajuster année après année selon les projets acceptés.

Ainsi, un groupe comme le Collectif des femmes immigrantes ne reçoit toujours pas de financement régulier pour son fonctionnement malgré une présence active sur la scène montréalaise depuis 15 ans. L'insécurité règne! Comment les groupes peuvent-ils planifier à long terme des services nécessaires à leur clientèle quand il faut constamment redemander des fonds, retrouver un personnel compétent, modifier le contenu du projet pour qu'il paraisse neuf, etc.

Même les "vieux" groupes qui ont eu accès jusqu'à maintenant à des sources stables de financement sentent que la soupe est chaude!

"Il n'y a plus de subventions comme ils appellent pour le soutien de l'organisme. Dorénavant, on a juste le droit à des subventions pour des projets très spécifiques. Ca vient de changer."   Centre d'éducation et d'action des femmes

Un petit financement signifie un personnel réduit. Ainsi des tâches ne sont pas effectuées ou certains services ne sont pas offerts.

Enfin, il est difficile pour les groupes d'acquérir un équipement informatique car ces dépenses sont souvent exclues des subventions. Les groupes doivent alors jongler avec le budget pour se permettre l'achat d'un ordinateur ou compter sur d'éventuels dons pour un équipement rarement neuf et adéquat.


Malgré tout, des désirs émergent
Malgré ces difficultés, les groupes de femmes sont intéressées à mettre à profit les outils qu'offre Internet. Les travailleuses ne connaissent pas bien ce que cette utilisaqtion peut leur apporter. Toutefois, le peu qu'elles en savent leur font réaliser qu'Internet pourrait les aider à concrétiser leurs objectifs.

Ainsi, les groupes de femmes désirent trouver de l'information utile à leurs usagères et rendre leur information ou encore leur clientèle plus visible : " l'Internet, moi, je l'ai pensé justement en termes d'employabilité, voyez-vous. " faire savoir qu'on a du monde disponible pour aller travailler, ou regarder les listes d'employeurs. Ou aller voir certaines entreprises qui maintenant affichent leurs postes sur Internet."   Collectif des femmes immigrantes

Les activités de réseautage sont partie intégrante du fonctionnement des groupes de femmes. Internet les aiderait à communiquer et échanger avec d'autres groupes : "Entre autre pour le courrier électronique. J'ai travaillé longtemps dans un organisme où on était éparpillé partout au Canada et on travaillait beaucoup comme ça, alors je vois cette possibilité avec les autres cercles d'emprunt à Montréal, au Québec et au Canada."   Les Cercles d'emprunt de Montréal

Et enfin pourquoi ne pas penser également à réduire les coûts reliés à ces activités de réseautage : "Pour sauver du temps de réunion, pour les travaux qu'on faits avec d'autres groupes de femmes. Pour sauver du temps, de l'argent pour des déplacements "   Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal


Il n'y a pas seulement des désirs mais aussi le besoin de s'approprier la technologie
La peur de rater le bateau

C'est un constat connu : même si de plus en plus d'internautes sont des femmes, les hommes sont les utilisateurs principaux et le contenu est orienté dans ce sens. Mais les femmes rencontrées ne veulent pas rester en marge.

"C'est un autre moyen de communication pour entrer en contact avec les gens. Je pense que c'est le moyen de l'an 2000. Il ne faut vraiment pas être arriéré. Il faut embarquer là-dedans aussi. Moi, je trouve ça important. Il ne faut pas attendre dix ans. Tu sais, des fois, les femmes, on attend longtemps avant de s'approprier quelque chose."   Centre de santé des femmes de Montréal



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Dernière mise à jour : 07.12.00