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L'accès
à Internet, certainement, mais pas n'importe comment!
Une analyse des besoins en technologies de communication pour les groupes
de femmes à Montréal. Avril 1999
par Colette Lelièvre et l'équipe de travail: Lisa
Vinebaum, Rebecca Scott, Sheryl Hamilton et Patricia Kearns Pour le
Studio XX dans le cadre du projet Terre à terre dans le cyberespace
Financé par Condition féminine Canada.
Révision: Caroline Martel et Françoise Boutin Nous croyons,
au Studio XX, que le contenu et les outils disponibles dans Internet sont
des moyens permettant le changement social et, qu'à ce titre, les
organismes de femmes militants, et par extension les femmes en général,
ont tous intérêt à mieux comprendre son utilisation.
Nous entendons par changement social l'observation d'une meilleure égalité
entre les femmes et les hommes ainsi qu'une amélioration des conditions
de vie des femmes à la suite de l'appropriation des technologies
de communication. L'enquête est l'une des premières activités
organisées par Terre à terre dans le cyberespace.
Elle porte sur l'usage de l'informatique et d'Internet au sein des groupes
de femmes à Montréal. Les objectifs de la recherche étaient
de déterminer les besoins actuels et futurs et de cerner les barrières
à leur utilisation par les groupes féministes communautaires
de services, de défense des droits et d'intégration à
la société québécoise.
Quels groupes avons-nous rencontrés?
Les onze organismes rencontrés (liste
des groupes rencontrés) offrent un éventail diversifié
d'activités et représentent presque toutes les couches de
la population féminine. Vieux et moins vieux groupes utilisent
des approches privilégiant les contacts directs. Tous partagent
la conviction que les problèmes ne sont pas individuels mais qu'ils
sont vécus par plusieurs femmes. Le militantisme est donc une partie
intégrante de leur activité. Malgré un mandat politique
qui rassemble tous les groupes, chacun occupe une sphère spécifique
dans son champ d'expertise et offre les services en conséquence.
Les activités de réseautage sont partie intégrante
du fonctionnement de la communauté féministe. Compte tenu
du nombre de regroupements dans lesquels s'activent les organismes rencontrés,
cette activité apparaît comme une tâche essentielle
et nécessaire à leur survie car elle assure la circulation
de l'information et augmente la solidarité. Sauf exception, le
personnel est impliqué dans presque toutes les décisions,
autant dans les groupes dont la gestion est collective que dans ceux dont
la structure est hiérarchique. Qui dit collectif dit mode de gestion
qui privilégie la discussion et le consensus. Le processus décisionnel
peut donc être long, et il faut en tenir compte. Enfin, et non le
moindre, les travailleuses sont des pivots incontournables de la réussite
ou de l'échec de l'introduction de nouveaux outils. Elles sont
les principales utilisatrices des appareils informatiques. Elles sont
donc des interlocutrices indispensables à la mise sur pied d'un
projet de branchement à Internet et à l'utilisation du courrier
électronique pour le groupe.
Les conditions d'existence des groupes de femmes
Les groupes rencontrés font beaucoup avec peu de budget et de ressources
humaines. Le roulement du personnel, le manque de temps des travailleuses
et les limites à l'implication des bénévoles réduisent
l'énergie disponible pour implanter de nouveaux outils de travail.
À ce jour, tous les groupes possèdent ou ont accès
à de l'équipement informatique. L'utilisation des ordinateurs
est devenue indispensable pour la réalisation des tâches
quotidiennes de gestion et d'administration. Toutefois, plusieurs sont
équipés de postes de travail assez vieux et en nombre insuffisant
pour qu'ils puissent les mettre à la disposition des usagères.
S'ils sont assez performants pour la plupart des travaux effectués
avec des logiciels de traitement de texte, il est presque impossible de
les mettre à jour pour l'installation d'applications plus récentes.
En tout état de cause, le manque d'argent limite l'achat de nouveaux
ordinateurs.
Est-ce que les groupes de femmes désirent se brancher?
Oui, malgré les difficultés auxquelles ils font face, les
groupes de femmes aimeraient se brancher. Mais pas à tout prix
et pas n'importe comment. Ils ont un mandat et des objectifs à
remplir. Ils privilégient aussi les contacts directs avec leur
clientèle. Compte tenu des contraintes dans lesquelles ils survivent,
de leur approche avec leurs usagères et de leur mandat, le personnel
se demande si un outil et média comme Internet peut leur être
utile. Bref, il s'agit d'évaluer le pour et le contre. Évidemment,
le manque d'argent est la raison la plus souvent invoquée pour
expliquer pourquoi les groupes ne sont pas branchés à Internet.
Mais les obstacles ne sont pas seulement financiers. Encore faut-il que
les groupes y trouvent leur compte. Ainsi, toute la planète n'a
pas encore accès au cyberespace. Faute de moyens, les groupes peuvent
difficilement multiplier les moyens de communication. Enfin, offrir directement
à leur clientèle le soutien et les services fait partie
de leur mandat et à ce titre, l'usage d'Internet ne leur semble
pas indiqué puisqu'elles sont trop démunies pour y avoir
accès à domicile. Les perceptions que les travailleuses
ont du réseau sont plus positives que négatives. Il est
vrai que plusieurs questions les préoccupent quand elles songent
à intégrer cet outil de communication dans l'organisme :
intrusion dans la vie privée, courrier non voulu, fiabilité
du contenu, efficacité du média, et impact sur le processus
démocratique. Mais les avantages leur semblent tout aussi attrayants.
Quand des travailleuses utilisent Internet, le courrier électronique
est l'outil le plus prisé. La rapidité des échanges,
l'accès à des informations et la possibilité de faire
des campagnes de lobby les intéressent énormément.
Pour les travailleuses ayant cherché des informations, les moteurs
de recherche se sont toutefois révélés peu performants.
Comme elles ont encore peu navigué dans le cyberespace, elles ont
peu développé les autres usages qu'elles pourraient en faire.
Internet, c'est aussi tout un monde avec son jargon, ses outils et des
possibilités encore peu explorées. Les organismes que nous
avons rencontrés manquent d'information et de formation adaptées
à leur besoin. Il est apparu lors de l'enquête que les groupes
avaient besoin d'appui technique et de soutien financier lors de l'implantation
de nouveaux appareils pour éviter une surcharge de travail et permettre
l'ajout de personnel. De plus, les résultats de ces changements
doivent être rapides et tangibles pour que les travailleuses estiment
qu'ils sont profitables et utiles. Enfin, nous ajoutons que l'introduction
de la technologie ne doit pas se faire sans tenir compte de la culture
organisationnelle de chaque groupe. Chacun a développé une
structure de gestion et de prise de décision spécifique
qu'il importe de respecter puisqu'il est le résultat des demandes
du milieu. Ils ont aussi des priorités différentes nécessitant
des interventions qui doivent être adaptées aux besoins de
chaque groupe.
Comment le cyberespace peut-il être utile aux groupes de femmes?
Nous croyons, au Studio XX, que l'utilisation du contenu et des outils
disponibles dans le cyberespace aideraient à remplir les obligations
du mandat, faciliteraient la réalisation de certaines tâches
et offriraient des opportunités supplémentaires aux usagères
des centres de femmes en terme d'information et de contacts. Bref, nous
pensons qu'Internet est un outil de travail efficace et un moyen de communication
rapide que les groupes de femmes pourraient exploiter à leur avantage
et utiliser selon leurs besoins.
... au niveau de la réalisation du mandat
Sensibilisation, ressources, information, échange sont plusieurs
des mots-clés que l'on retrouve dans la description des mandats
des groupes de femmes. Que cherchent-ils à réaliser? Ils
veulent éduquer, informer, défendre, dénoncer, briser
l'isolement, etc. Les outils disponibles dans le cyberespace peuvent aider
à concrétiser ces actions et ces objectifs.
... au niveau organisationnel
Les informations sur un site Web peuvent être complémentaires
à tous les autres documents produits par l'organisme sur un autre
support. Elles peuvent être consultées sur un poste de travail
dans l'organisme et partout où un accès public au cyberespace
est disponible. Cette solution compense le manque de personnel, d'ordinateur
et d'espace, puisque plus de femmes peuvent accéder aux informations
sans s'y rendre. On peut même penser que ce moyen permettrait de
dégager les travailleuses de certaines tâches pour qu'elles
puissent répondre aux demandes particulières ou approfondir
certaines tâches qu'elles n'ont pas le temps de faire.
... au niveau des services donnés à la clientèle
Un site Web permet de joindre plus de monde même si les femmes visées
ne possèdent pas d'ordinateur et qu'elles ne sont pas branchées.
Malgré leur peu de moyen, elles peuvent y trouver beaucoup de contenu
qui leur conviennent. En fait, les femmes sont en mesure de bénéficier
des informations qui y circulent pour améliorer leur situation
économique en y cherchant, par exemple, un emploi. De plus, l'exploration
du cyberespace pourrait aider à démontrer que la situation
de la participante n'est pas unique et qu'il s'agit d'un problème
collectif. On le voit, les femmes ont tout intérêt à
s'approprier le cyberespace comme lieu d'échange et d'information
mais aussi comme outil de recherche et de promotion à des fins
personnelles et collectives pour améliorer leurs conditions socio-économiques.
Le cyberespace est un outil comme un autre. Toutefois, la diversité
des outils qui y sont disponibles et des usages possibles en fait un environnement
utile pour les groupes de femmes.
Pour obtenir une copie du rapport, vous pouvez nous contacter à
l'adresse suivante :
Studio XX, 338, Terrasse St-Denis, Montréal, QC H2X 1E8 Par courrier
électronique : terreaterre@studioxx.org
Par téléphone: 514.845.7934 ou par télécopieur:
514.849.4941 Il est également possible de consulter le rapport.
Les onze organismes rencontrés
Action Travail des Femmes Association des aides familiales du Québec
Centre d'Éducation et d'Action des Femmes Centre
de prévention des agressions de Montréal Centre de
santé des femmes de Montréal Collectif des femmes
immigrantes du Québec Groupe des Jeunes mères du
Bureau Consultation Jeunesse Villeray La rue des femmes de Montréal
Les Cercles d'emprunt de Montréal Mouvement contre
le viol et l'inceste Stella.
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mise à jour :
07.12.00
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